21 avril 2024
Chien photo mariage anonyme généalogie

Ces chers anonymes, épisode 1

Comme vous le savez maintenant, j’aime mettre des visages sur les noms. Quel bonheur de tomber par hasard sur la photographie d’un parent dont on connaissait mille éléments biographiques, mais pas le regard ni la surprenante coupe de cheveux.

Aujourd’hui, nous allons connaître les joies du problème inverse. Des inconnus dont on ne sait rien d’autre que le sourire ou la robe de mariée (et dont on devine la condition sociale), et à qui il va falloir donner vie ! Et croyez-moi, sans même connaître leur prénom, on s’y attache, à force de les observer…

Présentation d’ensemble

C’est à la brocante de Tigery qu’il y a quelques mois j’ai déniché le lot : dix photographies de groupe, collées sur leur carton d’origine, et un portrait. On a insisté pour que je prenne tout, avec l’argument qu’elles concernaient la même famille… sans toutefois pouvoir m’en dire davantage.

Un mariage au début du XXe siècle – collection Spyridon Généalogie

On remarque qu’il s’agit principalement de mariages, mais le lot comporte également la photo de groupe d’une école de filles, ainsi que deux instantanés d’une classe de l’École des Francs-Bourgeois.

Trois photographes discrets

En bas et au dos des photos, bien peu d’indices. Toutefois, une partie est signée, ce qui donne quelques indications spatio-temporelles. Le moins connu des photographes semble être M. « A. Batis », qui nous apporte quand même quelques informations. En effet, l’adresse « 40, rue Saint-Mandé – Salon des Familles » indique un lieu disparu et méconnu de l’Est parisien. Cette grande salle de réception accueillait des réunions politiques, des réunions mondaines, mais aussi des mariages, d’où son nom. Elle est mentionnée dans la presse ancienne au moins jusqu’en 1938. À noter qu’une des photos non signées semble avoir été prise au même endroit, et sans doute peu de temps après celle de Batis.

Un mariage au Salon des familles, A. Batis – collection Spyridon Généalogie

Sur Louis Durand, qui signe trois des clichés, nous aurons bien plus d’éléments. Déjà, un semblant d’adresse, grâce à « rue de la République, en face la sous-préfecture » et « Tonnerre ». Tonnerre est une commune relativement importante de l’Yonne, dans laquelle est née Louis Durand le 9 août 1876, et où il a installé son atelier de photographie après avoir exercé le métier de teinturier. Il y vit avec sa femme, Juliette Été, et ses enfants, Daniel (1905-1982) et Gilberte (1907-2005). Comme témoignage de son activité, on trouve beaucoup d’annonces dans les revues spécialisées comme Le Photographe et La Revue française de photographie : offres d’emplois, vente de matériel… Il semble que c’est M. Charles Boisseau qui reprend l’atelier dans les années 1930, à la retraite de Louis Durand. Le photographe meurt en 1965, à 89 ans.

Suffisant pour affirmer que les photos ont été prises à Tonnerre ? Certainement pas, d’autant que les décors diffèrent. Cependant, on peut penser que M. Durand ne parcourait pas la France avec son matériel, et qu’il s’est donc restreint à son département, et peut-être quelques voyages annuels à la capitale.

Un mariage dans la paille, Louis Durand – collection Spyridon Généalogie

Le troisième de ces messieurs est Roger Melcy. Né en Angleterre en 1881, il déménage très jeune à Paris, puisqu’il est élu en tant que membre de la Chambre syndicale française de la photographie dès 1905. En consultant presse ancienne et recensements parisiens, on apprend qu’il vit dans le Ier arrondissement, 5 place du Théâtre-Français (devenue Place André-Malraux à la mort de l’écrivain) en 1921 et 1926.

Levée de l’anonymat

La photographie signée Melcy est celle qui comporte l’indice le plus flagrant : au dos du carton est écrit à la main « L. Roger 254 Ave Daumesnil Paris 12e ». Gageons que c’est bien le nom de l’homme sur le cliché, puisque ce n’est pas celui du photographe. Je me suis donc retroussé les manches afin de retrouver cet homme sans prénom, au nom tout à fait banal, dans une ville qui compte près de 3 millions d’habitants (plus qu’aujourd’hui) en 1921.

Après quelques fouilles, voilà qu’on tient notre homme, sans aucun doute : Lucien Edmond Roger, commercial chez BHV, épouse le 10 mai 1930 Lucie Julienne Perrier, qui vit… au 254 avenue Daumesnil, l’adresse mentionnée sur le carton. Il n’y a plus qu’à compléter. Lucien, fils d’un couple parisien (un comptable et une lingère), n’a pas subi un déménagement trop contraignant, puisqu’il vit avant son mariage au numéro 273 de la même artère que sa future et ses beaux-parents. Il ne quittera plus jamais le 254, puisqu’il y est toujours domicilié à sa mort, le 2 octobre 1986. Avec Lucienne, ils ont un fils, Jean, né en 1931.

Lucien Roger, par Roger Melcy – collection Spyridon Généalogie

Where’s Wally?

Reste à espérer retrouver ce fameux Lucien sur une des photos de mariage, ce qui n’a rien d’évident, d’autant que son portrait semble être le tirage le plus récent. Je ne suis pas non plus parvenu à retrouver d’autres photos de lui ou de sa famille, pour le moment.

Plutôt que d’attendre un miracle, j’ai décidé de tout reprendre à zéro, en découpant (numériquement, hein!) chaque photo de groupe pour isoler tous les individus. Ce fut un travail long, fastidieux, mais tellement riche en découvertes que je vous en parlerai dans un prochain épisode ! Vous pourrez y voir aussi les photos d’école, et nous verrons ce qu’elles peuvent nous apporter comme éléments supplémentaires. Soyez au rendez-vous, et surtout appelez-moi si vous reconnaissez une cousine ou un arrière-grand-père !

Encore un mariage, Louis Durand – collection Spyridon Généalogie

Sources complémentaires :
Collectif Belairsud, Edifices disparus : le Salon des Familles, sur Belairsud, 2019

Une réflexion sur «  Ces chers anonymes, épisode 1  »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *